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La coopération civile franco-tchadienne

LA COOPERATION CIVILE FRANCO-TCHADIENNE (31/8/07)

La France entretient depuis toujours avec le Tchad une relation de coopération privilégiée et se place au rang de premier bailleur de fonds bilatéral. Cette coopération passe en priorité par le canal de l’Etat, mais aussi par la société civile, les ONG et la coopération décentralisée. Cette coopération a été totalement remise en perspective avec le Document cadre de partenariat Tchad-France signé le 16 juin 2006, qui en fixe les contours jusqu’en 2010. Elle est bien coordonnée avec les autres bailleurs de fonds présents au Tchad, et tout particulièrement la Commission européenne, avec laquelle les stratégies sont communes dans nombre de secteurs.

Genèse, cadre et grandes lignes de la coopération bilatérale
La présence de la France aux côtés du Tchad ne s’est jamais démentie depuis l’Indépendance et, au-delà des réalités historique et francophone et de la volonté indéfectible de part et d’autre de maintenir des liens permanents et forts, une coopération bilatérale significative et diversifiée se justifie eu égard à la situation économique de ce pays marqué par plus de trente années de guerre civile et à la pauvreté de ses populations privées majoritairement de services essentiels (le Tchad est classé 171ème sur 177 pays selon le dernier indice de développement humain connu). Le fait que le Tchad soit producteur de pétrole depuis 2005 renforce paradoxalement ce besoin de coopération, compte tenu des enjeux très importants liés à la bonne gouvernance et à une gestion vertueuse des nouvelles recettes, véritablement au bénéfice des populations.

Le Tchad est confronté à un certain nombre de difficultés et de handicaps majeurs pour le développement : environnement naturel fragile et très sensible aux aléas climatiques, insécurité due notamment à des rebellions endémiques, conséquences de la crise du Darfour (230.000 réfugiés soudanais dans les camps de l’Est, 150.000 Tchadiens déplacés et 50.000 réfugiés centrafricains au Sud), faiblesse et déficit de gouvernance des institutions, environnement de l’entreprise défavorable à l’investissement privé, insuffisante capacité d’absorption des nouvelles ressources pétrolières.

C’est fort de ce diagnostic qu’a été redéfini complètement le dispositif de coopération bilatérale entre le Tchad et la France, selon les grandes étapes suivantes :
- suite à la Table ronde de Genève IV et à l’élaboration de la stratégie nationale de réduction de la pauvreté (SNRP), organisation les 30 et 31 octobre 2002 de la 7ème session de la Commission mixte Tchad-France, mettant en avant trois axes stratégiques pour la coopération civile : le domaine social, la bonne gouvernance et la croissance économique. Cet exercice avait associé les représentants du secteur privé, des ONG et des coopérations décentralisées. Il avait permis par ailleurs l’élaboration de matrices de partenariat définissant au sein des axes stratégiques et par action prioritaire les engagements respectifs du Tchad et de la France.
- évaluation de l’ensemble des actions de coopération de la période 1992-2003, réalisée en partenariat en recourant à un consultant externe, avec restitution finale à N’Djamena du 7 au 10 octobre 2003. Outre l’examen des différents secteurs de coopération et les enseignements pour l’avenir qui en découlaient, l’évaluation a surtout mis en exergue deux recommandations transversales relatives à un nécessaire resserrement du dispositif bilatéral et à la mise en place d’un partenariat véritable et équilibré à l’ère pétrolière.
- les 25 et 26 octobre 2005, revue de la commission mixte et élaboration du projet de document cadre de partenariat (DCP) Tchad - France pour les années 2006-2010. Ce DCP a été officiellement signé le 16 juin 2006 à N’Djamena ; il tient compte des conséquences opérationnelles de la réforme du dispositif français d’aide publique au développement, avec notamment la désignation de l’Agence française de développement (AFD) comme opérateur-pivot pour la mise en œuvre des projets dans les secteurs des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Surtout, il conduit à une nécessaire concentration du dispositif de coopération autour d’un nombre limité de priorités partagées et insiste sur les nécessaires harmonisations, complémentarités et synergies à mettre en place avec les interventions des autres bailleurs de fonds, tout particulièrement la Commission européenne. Cet objectif s’inscrit dans l’esprit de la déclaration de Paris de 2005 sur l’efficacité et l’harmonisation de l’aide publique au développement, qui doit impérativement avoir sa déclinaison au Tchad sous la houlette des autorités locales.

Cette coopération revisitée intervenait à point nommé, le Tchad devant profiter des nouvelles possibilités offertes par les recettes pétrolières (2/3 des recettes totales de l’Etat en 2007) pour s’investir délibérément en faveur de la bonne gouvernance, de l’investissement privé et du développement social (la stratégie nationale de réduction de la pauvreté - SNRP - doit être actualisée fin 2007), s’il ne veut pas voir la situation économique et sociale se dégrader irrémédiablement, la population ne pouvant comprendre la persistance d’un état de grande pauvreté alors même que la production pétrolière est en pleine activité, avec un cours du baril au plus haut.

Pour accompagner le Tchad dans ses nécessaires réformes et ses efforts en vue d’améliorer les conditions de vie des Tchadiens, le DCP, nouvelle feuille de route franco-tchadienne pour la coopération bilatérale, est articulé autour de trois objectifs principaux :
- la réponse aux besoins essentiels des populations correspondant à 3 priorités OMD : éducation, eau et santé,
- l’appui à la gouvernance et la construction de l’Etat de droit (4ème priorité),
- le soutien au rayonnement francophone, culturel et scientifique (5ème priorité).

Les 3 priorités OMD sont donc mises en œuvre par l’Agence locale de l’AFD et les 2 autres par le Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France. Le montant indicatif total des contributions prévues pour les 5 années du DCP s’élève à 125 M€ (25 M€ par an).

Les principales opérations en cours au titre des OMD
L’éducation de base a été longtemps un secteur de prédilection de la coopération française avec nombre d’assistants techniques, souvent en substitution ; cette priorité a progressivement fait l’objet d’une désaffection, jusqu’à l’étiage, faute de volonté gouvernementale affirmée de réformer ce secteur essentiel pour les populations, contraintes de se prendre en main, sans appui public, en créant dans tout le pays des écoles communautaires dénuées le plus souvent des moyens humains et pédagogiques les plus basiques.
Un récent sursaut des autorités a permis la mise à jour des statistiques du secteur, l’élaboration d’un plan de développement de l’éducation et de l’alphabétisation ainsi que la formulation d’une requête à la procédure accélérée en faveur de l’éducation pour tous (initiative « Fast track »). Les conditions sont donc remplies pour un retour significatif dans ce secteur de l’aide française, qui met en œuvre un appui institutionnel de haut niveau auprès du Ministère ; surtout, l’AFD prépare sa contribution au programme d’appui à la réforme du secteur de l’éducation au Tchad (PARSET), qui sera mise en place début 2008 (montant de 8 M€) en coordination avec les autres bailleurs du secteur, BM, BAD, UNICEF et Coopération allemande notamment.

La santé est un autre secteur d’implication traditionnelle de la coopération française, son action ne s’étant jamais désunie (formations, appui à l’Hôpital général de référence nationale (HGRN) de la capitale, à la délégation sanitaire du Logone et à la lutte contre le VIH/Sida), et ce en dépit d’un déficit de volonté politique et de gouvernance, pourtant indispensables pour tenter d’inverser la dégradation inexorable des indicateurs sanitaires de base. Est achevée par ailleurs mi-2007 la construction sur fonds AFD de 2 hôpitaux et de 16 centres de santé dans les régions du Lac et du Kanem.
Le schéma d’intervention est similaire à celui prévu en matière d’éducation, avec un appui institutionnel de haut niveau et un projet de l’AFD en cours d’identification, intitulé « amélioration de l’offre de soin, réduction de la mortalité infantile et contribution à la lutte contre le VIH/Sida » qui sera mis en place début 2008 (montant de 10 M€). La France est par ailleurs un des tout premiers contributeurs au Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme qui appuie des programmes importants au Tchad ; elle est active enfin en matière de jumelages inter-hospitaliers par le biais du programme ESTHER.

L’eau et l’assainissement est au plan financier le premier secteur d’intervention de l’aide publique française au Tchad (15 M€ par an environ) ; il affiche surtout d’excellents résultats, avec un savoir-faire exemplaire de l’AFD en matière d’hydraulique rurale, pastorale et villageoise et des réalisations de grande envergure en matière de distribution d’eau et d’assainissement des quartiers dans les villes de N’Djamena, Moundou et Sarh. L’hydraulique pastorale mérite une mention toute particulière, la dynamique participative et les réalisations sur le terrain (mares, couloirs de transhumance...) ayant donné des résultats reconnus par tous en matière de résolution des conflits éleveurs-cultivateurs. Enfin, la coopération française a largement contribué à l’élaboration du schéma directeur de l’eau et de l’assainissement (SDEA), qui sert de base réglementaire pour toutes les actions dans le secteur. Les actions en cours et à venir sont nombreuses sur financement de l’AFD, concernant surtout, en plus de l’appui institutionnel et du renforcement des capacités dans le secteur, la poursuite des réalisations et la structuration de l’entretien-maintenance en matière d’hydraulique rurale et villageoise, l’aménagement d’ouvrages dans les zones pastorales (la barre des mille points d’eau doit être franchie) et enfin la densification du réseau de drainage secondaire, l’extension de la distribution d’eau et le traitement des déchets solides à N’Djamena (notamment la première décharge contrôlée du Tchad).

Le développement rural (et l’environnement) n’est pour l’heure pas une priorité du DCP en tant que telle (à l’exception notable de l’hydraulique rurale et pastorale évoquée ci-dessus) ; ce fut pourtant là un secteur prépondérant par le passé (100 M€ en 10 ans sur la seule filière coton) et celui-ci reste primordial pour le Tchad compte tenu d’un environnement naturel certes riche, mais fragile et soumis aux aléas climatiques, et surtout dans la mesure où les trois quarts de la population sont des ruraux. Héritage du passé, la France est chef de file des bailleurs de fonds en matière de développement rural et de lutte contre la désertification, et co-chef de file avec la FAO en matière de sécurité alimentaire.
C’est en fait la complexité institutionnelle et le déficit de pilotage de la part du partenaire tchadien qui ont conduit à la limitation du dialogue de coopération, celui-ci étant même en situation d’échec sur des dossiers aussi importants que la filière coton (qui concerne 3 millions de personnes). C’est dire que la coopération française reste en attente, prête à s’impliquer de manière plus importante si les conditions sont à nouveau remplies, bien au-delà d’une action qui reste pourtant significative : outre un appui-conseil institutionnel de haut niveau et des actions de formation dans les secteurs agriculture, élevage et environnement, la France s’est impliquée sur les dossiers sensibles de la lutte anti-acridienne et de la grippe aviaire et elle reste le premier contributeur bilatéral en matière de sécurité alimentaire (environ 2 M€ par an). Elle soutient enfin la restructuration de la recherche agricole.

L’appui à la gouvernance et à la consolidation de l’Etat de droit
Pour des raisons historiques et de parenté des systèmes, la gouvernance est un secteur de prédilection pour la coopération française, avec des réussites très inégales compte tenu de l’insuffisante implication du partenaire tchadien (et des autres bailleurs de fonds) ; le déficit de gouvernance et la faiblesse des capacités sont pourtant les principaux obstacles au développement du Tchad et de véritables freins à la réussite des programmes financés sur l’aide extérieure et sur fonds tchadiens, ce constat étant particulièrement grave dans le contexte des recettes pétrolières additionnelles. Toutefois, ce secteur fait naître des espoirs nouveaux mi-2007, en particulier en matière de sécurité et de gouvernance financière, avec une implication réelle et organisée des autorités en charge et un appui significatif et cohérent des autres bailleurs de fonds, en particulier la Commission européenne qui fait de la gouvernance un des secteurs de concentration du 10ème FED. La décentralisation est en revanche en panne (projet FSP 2003 de 1 M€ suspendu) faute d’élections communales.

La justice dispose d’un cadre approprié par les autorités tchadiennes, suite aux états généraux de juin 2003, dont l’organisation avait été appuyée par la France, et à l’élaboration d’un programme de réforme du secteur (PROREJ) approuvé par le gouvernement et qui s’impose donc à tous. Outre un appui institutionnel de haut niveau (magistrat placé auprès du SG du ministère), la coopération française met en œuvre un projet FSP 2006-2009 (montant de 760.000 €) comprenant essentiellement le renforcement des capacités (formations) des administrations, services et professions concernés, la mise en conformité des textes et la consolidation des actions liées au droit des affaires (OHADA) et enfin un appui aux juridictions commerciales en vue d’améliorer l’environnement des affaires.
Cette implication française pourra jouer un effet de « bras de levier » sur le secteur dès lors que les actions seront davantage concertées avec les autres bailleurs de fonds (essentiellement Commission européenne et PNUD), sous l’impulsion de la partie tchadienne, qui devra par ailleurs mobiliser davantage de moyens sur le budget de l’Etat (fonds pétroliers notamment) pour la réalisation d’infrastructures judiciaires et le bon fonctionnement des services.

La sécurité intérieure est restée pour le moment un domaine de « tête à tête » avec la partie tchadienne, ce qui limite l’impact des efforts consentis par le passé : nombre d’équipements se sont par exemple avérés peu durables à cause de l’impéritie de l’administration policière. Outre l’activité de conseil de l’Attaché de sécurité intérieure (SCTIP) et la mise à disposition d’assistants techniques spécialisés, l’appui de la France s’est surtout concentré depuis 2006 sur des formations ciblées en matière de police de l’air et des frontières, et de lutte contre la criminalité transfrontalière, les grands trafics, le terrorisme et l’immigration clandestine.
La récente impulsion donnée à ce secteur par les autorités tchadiennes dans un contexte nouveau qui fait de la sécurité intérieure une priorité nationale (la police ayant par ailleurs une carte importante à jouer dans l’initiative de sécurisation des camps de réfugiés et des frontières, appuyée par les Nations Unies et l’Union européenne), justifie pleinement l’identification en cours d’un FSP (1,5 M€) devant démarrer début 2008 et portant essentiellement sur le renforcement des capacités humaines, axé sur la formation continue et celui des capacités opérationnelles (police citoyenne de proximité, police aux frontières et sûreté aéroportuaire). L’implication prévue de la Commission européenne dans le cadre du 10ème FED est de nature à créer une véritable synergie susceptible d’avoir un impact significatif et durable.

La gouvernance financière est aussi un secteur traditionnel d’intervention de la coopération française, avec une assistance technique résidentielle (quatre postes ouverts mais un seul pourvu) et des protocoles d’accord annuels pour le soutien aux plans d’action des directions générales et services (Impôt, Budget, Secrétariat technique permanent...). Les résultats les plus significatifs ont été engrangés dans le secteur des impôts, avec toutefois un impact limité compte tenu de la faible motivation des autorités de tutelle et des principaux cadres, aggravée par des moyens de fonctionnement étiques.
La situation change et de réelles perspectives apparaissent enfin mi-2007 avec la mise en œuvre opérationnelle, concertée et généralisée du plan d’action pour la modernisation des finances publiques (PAMFIP), sous l’impulsion du Ministère des Finances et de tous les bailleurs de fonds concernés (outre la France, la Banque Mondiale, la Commission européenne, le PNUD et la BAD). Il était temps, les fortes recettes pétrolières de 2006-2007 étant antérieures à ce sursaut, et il est indispensable que les effets soient rapides pour mettre en place une gestion efficace et vertueuse de budget de l’Etat, en particulier les 70% dévolus aux secteurs prioritaires de la lutte contre la pauvreté. Dans ce nouveau contexte intégré, l’appui de la France se concentre sur les secteurs impôts, Budget, Trésor et Statistiques.

Le rayonnement culturel, francophone et scientifique
Pour des raisons historiques et culturelles partagées, il s’agit d’un secteur privilégié sur lequel la coopération française est pour l’essentiel en « tête à tête » avec les institutions tchadiennes concernées. Le Centre culturel français (CCF) est l’opérateur privilégié de l’ambassade dans ce domaine, véritable référence nationale et point focal pour la promotion, la diffusion et le maillage culturel au Tchad. L’Ecole française de N’Djamena (lycée Montaigne) joue elle-même un rôle important en accueillant un tiers d’enfants tchadiens et en s’ouvrant progressivement à la coopération bilatérale. Outre les projets cités ci-après, l’aide française appuie des actions en faveur de la jeunesse et des sports (assistance technique, soutien aux manifestations et au sport de masse, infrastructures de proximité), des médias (radios de proximité et organes de régulation notamment) et enfin du livre (appui aux bibliothèques).

Les Centres d’apprentissage de la langue française (CALF), implantés à N’Djamena, Moundou, Sarh, Abéché et Adré, constituent un des fleurons de la francophonie au Tchad depuis 1991. Ils accueillent près de 3.500 apprenants, la plupart dans les cycles classiques de français langue étrangère, avec délivrance de diplômes d’études en langue française (DELF) ou de diplômes approfondis de langue française (DALF) reconnus officiellement par le ministère français de l’Education nationale. Ils organisent par ailleurs des formations à la carte sur des thèmes professionnels adaptés aux besoins du secteur privé ou des institutions.
Les CALF sont en pleine expansion depuis 2006, avec un nombre d’apprenants ayant doublé, et ils ont fait l’objet d’une réforme institutionnelle fondamentale qui leur a permis d’avoir une existence juridique officiellement reconnue et de s’orienter vers l’autonomie financière ; ils reçoivent toutefois l’appui du ministère tchadien de l’Education nationale qui fournit les enseignants et de la coopération française qui met notamment à disposition quatre assistants techniques. Le nouveau CALF de N’Djamena est en construction sur fonds social de développement (FSD) de l’ambassade de France, grâce à la cession par la Mairie de N’Djamena d’un terrain à titre gracieux. Il devrait permettre de répondre à une demande en forte augmentation.

Les maisons de la culture de N’Djamena, Moundou, Sarh et Abéché font l’objet d’un appui dans le cadre d’un projet FSP 2004-2008 de 750.000 €, en partenariat et à parité avec la Commission européenne. Le projet prévoit la réhabilitation des locaux, leur équipement et le soutien au lancement des activités ; il s’agit pour l’essentiel de mettre à la disposition des populations de chacune des quatre principales villes du Tchad, en priorité la jeunesse, un espace culturel multi-fonctions et multi-ressources (création et diffusion artistique, documentation, informatique, communication, dont cyber-café...). De manière à garantir la pérennité des maisons, le ministère tchadien de la Culture les a dotées d’un statut d’autonomie partielle, leur permettant notamment de percevoir des recettes et des subventions.
Ces maisons de la culture, réhabilitées et relancées, seront opérationnelles début 2008 avec des Directeurs sélectionnés selon des critères objectifs et transparents. Les maisons doivent fonctionner en réseau et drainer toute l’action culturelle au Tchad ; le dispositif sera complété à N’Djamena par des maisons de quartiers qui constitueront des relais de proximité.

L’enseignement supérieur est soutenu essentiellement sous la forme d’un appui institutionnel de haut niveau, d’accords inter-universitaires entre l’Université du Tchad et des universités françaises (Avignon, Orléans, Poitiers, Saint Etienne, INSA Lyon), avec pour ligne directrice l’éducation et la formation en liaison avec l’emploi, et de facilitation de l’accès des personnalités d’avenir aux formations supérieures de 3ème cycle dans les pays de la zone franc et en France ; pour ce dernier point d’application, l’accent est mis sur l’élévation du niveau de qualification des enseignants-chercheurs des Universités et Instituts, afin de rehausser le niveau d’enseignement et ainsi d’octroyer aux diplômes tchadiens une meilleure reconnaissance régionale (CEMAC) et internationale, sous l’égide du CAMES. L’ambassade apporte enfin un soutien aux formations à distance dispensées par le Campus numérique francophone (CNF) de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), placé auprès du rectorat de N’Djamena.
Comme pour l’enseignement de base, l’implication de l’aide française a été plus importante par le passé, cette coopération se délitant ces dernières années (après un dernier projet FSP d’appui aux filières professionnalisées) devant l’absence de volonté des autorités tchadiennes et compte tenu de la dégradation inexorable d’une université dénuée de moyens essentiels et confrontée à de multiples grèves, voire à des années « blanches ». Un vaste chantier de refonte du système universitaire tchadien vient toutefois d’être entrepris ; reste à confirmer que les conditions sont remplies pour une relance plus significative de la coopération bilatérale dans ce secteur, avec l’hypothèse d’un nouveau projet FSP à identifier en 2008.

La recherche scientifique et agricole fut un des pôles historiques et prestigieux de la coopération française au Tchad, avec l’implication très active des instituts français de recherche tels que le CIRAD et des résultats très probants (le Laboratoire vétérinaire de Farcha - LRVZ - était notamment la référence pour le pastoralisme et les vaccins en Afrique). Pour faire face aux importants besoins dans ce domaine, dus en particulier à la complexité et à la particularité des écosystèmes tchadiens, ce secteur de coopération a été récemment relancé avec un appui institutionnel conséquent et de haut niveau (6 postes d’assistance technique ouverts) et un projet FSP 2005-2009 de 1,3 M€ qui vise à restructurer et redynamiser le secteur de la recherche au Tchad (notamment les institutions CNAR, ITRAD et LRVZ) autour du système national de recherche agricole (SNRA) et à améliorer la qualité des travaux des chercheurs. La coopération bilatérale intervient en outre par le biais du projet de la CEMAC « appui à la recherche régionale pour le développement durable des savanes d’Afrique Centrale (ARDESAC) », concernant aussi le Cameroun et la RCA. La recherche paléo-anthropologique est un succès avéré de la coopération bilatérale, en particulier avec la découverte en 2002 de Toumaï, l’ancêtre de l’humanité (daté de 7 millions d’années), par la mission paléo-anthropologique franco-tchadienne dirigée par le Professeur Brunet, de l’Université de Poitiers (et du Collège de France). Cet événement a consacré l’exemplarité de la recherche franco-tchadienne dans ce domaine et le périmètre de celle-ci s’est élargi par la suite avec en particulier la mise en œuvre d’un projet FSP 2006-2009 (810.000 €) qui reçoit par ailleurs l’appui de deux assistants techniques en résidence ; ce projet s’attache au renforcement des capacités d’enseignement et de recherche du département de paléontologie de l’Université de N’Djamena, à la constitution de nouvelles collections, à l’appui aux missions de terrain (500 sites fossilifères ont déjà été inventoriés dans le désert du Djourab, dans le cadre de la convention liant l’Université de N’Djamena, le CNAR et l’Université de Poitiers), ainsi qu’à la valorisation des résultats (publications).

Les instruments de la coopération bilatérale au Tchad
Sont plus spécifiquement évoqués ci-après les instruments mis en œuvre et les pôles d’intervention suivis directement par le Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France. Il faut ajouter, et ce de manière tout à fait notable les financements mis en œuvre directement par l’agence locale de l’Agence française de développement (AFD) qui représentent entre 10 et 15 M€ par an (comme indiqué ci-avant, le DCP France Tchad prévoit à titre indicatif des financements à hauteur de 125 M€ pour les cinq années 2006 à 2010, soit environ 25 M€ par an au total pour l’ensemble des services français présents au Tchad). L’assistance technique constitue une spécificité et une valeur ajoutée reconnue de la coopération française au Tchad, même si les effectifs ont considérablement diminué ces dix dernières années (de 120 à 35 postes ouverts - dont 28 seniors et 7 volontaires internationaux), déflation rendue possible par le départ des coopérants intervenant en pure substitution, la qualité de la relève locale et aussi une exigence renforcée dans la gestion de ce moyen coûteux ; il faut noter en plus la création d’une dizaine de postes d’experts techniques internationaux (ETI) sur financement de l’AFD dans les secteurs OMD qui lui sont dévolus.
Sur les 35 postes précités, une dizaine sont consacrés au conseil de haut niveau (auprès des Ministres ou Secrétaires généraux) dans la plupart des secteurs où l’aide française est significative. Par rapport aux priorités du DCP, 9 postes sont positionnés sur les secteurs OMD (en plus des ETI pris en charge par l’AFD), 11 sur la gouvernance et 15 sur le rayonnement culturel, francophone et scientifique. Le fonds de solidarité prioritaire (FSP), anciennement connu sous la dénomination FAC, reste l’instrument privilégié de financement des opérations d’envergure mises en œuvre par le SCAC de l’Ambassade de France ; depuis la réforme du dispositif français de coopération et la dévolution à l’AFD de la mise en œuvre des secteurs OMD, le nombre de projets est restreint, avec, outre le FSD (voir infra ; le FSD est financé sur FSP), quatre projets vivants relatifs respectivement aux maisons de la culture, à la justice, à la recherche agricole et à la paléontologie, et enfin un projet suspendu relatif à la décentralisation. La gestion des projets FSP est partenariale, avec des comités de pilotage bilatéraux supervisant leur exécution. Les bourses constituent traditionnellement un investissement important de la coopération française au Tchad, avec un montant annuel de 1 M€ environ, permettant de financer la formation de plus de 200 étudiants et fonctionnaires tchadiens par an dans les universités et structures françaises ou africaines, dont 60% environ en longue durée (bourses d’étude) et 40% en courte durée (bourses de stage). _ Il faut ajouter au montant précité environ 600.000 € correspondant aux coûts pédagogiques de formation (hors frais de subsistance assurés par la bourse), les université françaises étant improprement réputées gratuites.
C’est l’importance de ces chiffres et un constat de déficit de rigueur dans la gestion du portefeuille de bourses, qui ont conduit la partie française à proposer à la partie tchadienne l’élaboration d’une « charte de partenariat portant sur la gestion et l’organisation de la mise en œuvre du portefeuille de bourses du gouvernement français (BGF) », approuvée officiellement le 6 juin 2007 à l’occasion de la 1ère revue du DCP Tchad - France. Celle-ci fixe un certain nombre de principes et de règles de fonctionnement en matière de hiérarchisation des priorités inter-sectorielles, de mise en place d’instances et de critères de sélection des boursiers, de contractualisation de ceux-ci avec l’institution bénéficiaire et enfin de mise en œuvre d’une politique de suivi-retour. Anoterenfin que depuis fin 2005, un service d’information sur les études en France est proposé à la médiathèque du CCF, cette offre documentaire devant être complétée fin 2007 par l’installation d’une connexion satellite de type V-SAT. Le Fonds social de développement a été mis en place au Tchad il y a plus de dix ans comme réponse aux sollicitations directes des populations désireuses de faire face à leurs besoins les plus vitaux, qu’il s’agisse des services sociaux essentiels (éducation, santé, eau, assainissement...) ou de leurs conditions de vie quotidienne (activités génératrices de revenus, organisation locale...). L’idée directrice qui fonde le FSD est que l’Etat ne peut pas tout faire, les collectivités locales non plus (surtout en l’absence d’élections municipales à ce jour), et qu’il faut être capable de répondre sans intermédiaire, de manière réactive et souple aux demandes portées par les associations et groupements de base, en milieu rural et urbain.
Le FSD est le plus gros poste de dépenses de l’ambassade en termes de crédits d’intervention, avec un montant liquidé de l’ordre de 600.000 à 700.000 € par an, correspondant à une quinzaine d’opérations réalisées, avec un fort impact pour les populations et une grande visibilité ; c’est ainsi que l’Ambassadeur de France a pu inaugurer au 2ème trimestre 2007 avec les Ministres tchadiens concernés et les autorités locales, quatre projets emblématiques du FSD concernant le complexe sportif de Bongor, le centre de prise en charge communautaire du VIH/Sida de Moundou (ONG française Initiative Développement), le collège de jeunes filles de Bitkine et l’adduction d’eau de Mongo (AFVP partie prenante).
L’objectif corollaire du FSD est le renforcement des capacités et l’émergence d’une société civile responsable, avec des organisations légitimes capables d’initiative, de maîtrise d’ouvrage et enfin de représentation et de dialogue avec les autorités et les autres bailleurs de fonds. La coopération bilatérale doit accentuer ses efforts dans cette direction, la société civile ayant un rôle à jouer dans le suivi du DCP Tchad - France et devant plus généralement s’inscrire dans la problématique d’harmonisation et d’efficacité de l’aide. La coopération décentralisée soutenue par le ministère français des Affaires étrangères et européennes concerne essentiellement les villes de N’Djamena et Toulouse d’une part et de Moundou et Poitiers d’autre part (et à un moindre niveau Sarh et Cherbourg - Octeville), avec pour points d’application la gestion urbaine, l’eau et l’assainissement, la santé et la culture. La coopération décentralisée reste donc peu développée au Tchad et il s’agit là d’un véritable chantier à ouvrir pour les années à venir, dès lors que les conditions d’intervention se seront améliorées et que les premières élections communales auront pu être organisées. L’aide alimentaire et l’aide humanitaire ont pris beaucoup d’importance au Tchad depuis la crise au Darfour et la présence des réfugiés soudanais à l’Est du Tchad (et plus récemment centrafricains au Sud). En ce qui concerne spécifiquement l’aide alimentaire mise à disposition par le Comité (français) interministériel d’aide alimentaire (CIAA), il s’agit d’une action continue et soutenue depuis de longues années au Tchad, la France étant le premier contributeur bilatéral (environ 1 M€ par an) pour l’appui à la reconstitution du stock national de sécurité : les céréales acquises dans ce cadre et entreposées dans les magasins de l’ONASA sont gérées en partenariat avec le ministère tchadien de l’Agriculture, en vue de résorber les poches d’insécurité alimentaire et de faire baisser localement les tensions sur les prix en période de soudure.
Plus généralement, la France a été désignée comme co-chef de file (avec la FAO) en matière de sécurité alimentaire ; elle contribue à l’élaboration et à la mise en place du programme national de sécurité alimentaire (PNSA) et intervient sur des problématiques mettant en péril la sécurité alimentaire, telles que la lutte anti-acridienne ou la prévention contre la grippe aviaire.
En ce qui concerne l’aide humanitaire, elle est pour l’essentiel engagée par les canaux centraux de siège à siège auprès des organismes spécialisés intervenant dans les camps de réfugiés (PAM et HCR surtout) ; l’Ambassade de France à N’Djamena met par ailleurs en œuvre par l’intermédiaire d’ONG spécialisées, sur fonds CIAA, des actions de sécurisation alimentaire (maraîchage notamment), au bénéfice des populations tchadiennes hôtes des camps de réfugiés de l’Est du Tchad. Les actions au titre de l’aide humanitaire (hors stock national de sécurité) représentent un montant de 2 à 3 M€ par an. Le Centre culturel français (CCF) est l’opérateur privilégié de l’Ambassade en matière de coopération artistique et culturelle, qu’il s’agisse de promotion de la culture et de la langue françaises, de valorisation de la diversité culturelle et des cultures du Sud ou d’appui à la création et à la diffusion. Il constitue le centre de référence au Tchad et porte à ce titre une responsabilité toute particulière de point nodal dans le maillage culturel tchadien mis en œuvre grâce au projet d’appui aux maisons de la culture. Dans la capitale, le CCF se voit reconnaître par ailleurs un rôle de régulateur social compte tenu de la qualité et de l’exclusivité de son offre culturelle, notamment en direction de la jeunesse.
Dans son rôle d’opérateur, le CCF est maître d’œuvre pour l’organisation de grands événements annuels (en particulier la semaine de la Francophonie) dans lesquels est impliquée la coopération française.
L’accroissement des activités et de la fréquentation du public, observé en 2005, s’est pleinement confirmé en 2006 : 260 manifestations culturelles, toutes disciplines confondues, dont 180 au sein du CCF, et 16 expositions ont attiré près de 40.000 spectateurs. Par ailleurs, 18.000 personnes ont assisté à plus de 80 projections cinématographiques au CCF ou lors de séances en plein air dans les quartiers de N’Djamena (cinéma de rue). La médiathèque, dont le nombre d’abonnés a augmenté de plus de 20% (3.350 mi-2007), continue à connaître une fréquentation assidue (17.000 visiteurs pour 50.000 prêts), suite à sa rénovation et à l’informatisation de la gestion de son fonds.
Les formations, ateliers et résidences d’artistes, cœur de métier du CCF, s’inscrivent dans une dynamique de pérennisation des actions menées : ont été organisées, en 2006, quatorze opérations aussi bien dans le domaine artistique (danse contemporaine, théâtre, arts du cirque, littérature) que technique (métiers du son, journalisme culturel, photographie), touchant ainsi plus de 200 artistes et techniciens locaux. L’école française de N’Djamena ( lycée français Michel Eyquem de Montaigne) fait partie du réseau scolaire français à l’étranger. Conventionné avec l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE), l’établissement est géré par une association de parents d’élèves (APE). Il compte 42 enseignants et personnels administratifs, dont 9 expatriés, 13 résidents (soit 22 fonctionnaires du ministère français de l’Education nationale détachés auprès de l’AEFE) et 20 recrutés locaux. A la rentrée 2007, l’établissement compte 450 élèves. La moitié des élèves sont de nationalité française, un tiers sont tchadiens et le reste originaires de pays tiers (le primaire regroupe 58 % des élèves et le secondaire 42 %) .
Enregistrant d’excellents résultats scolaires, administré par une APE dynamique et compétente (comptes équilibrés, augmentation modérée des écolages, appel fructueux aux partenariats économiques avec les sociétés de la place...), disposant de moyens immobiliers et mobiliers bien entretenus, le Lycée Montaigne connaît traditionnellement un fonctionnement sain et harmonieux.

Avec l’appui du SCAC de l’Ambassade, le Lycée Montaigne s’est véritablement ouvert sur le pays en 2007, devenant un acteur à part entière de la coopération franco-tchadienne et de la promotion des élites francophones. C’est ainsi que le Lycée a accueilli en seconde à la rentrée 2007-2008, suite à un concours ouvert aux meilleurs élèves de 3ème des établissements tchadiens, sept lycéens pris en charge conjointement par l’APE et le SCAC jusqu’à l’obtention du baccalauréat français (avec possibilité, par la suite, d’octroi de bourse d’étude supérieure en France dans le cadre des crédits de la coopération bilatérale). Le lycée accueille par ailleurs des étudiants de l’université tchadienne qui profitent de ses nouveaux équipements de laboratoire et informatiques. Enfin, le lycée a élaboré un site Internet consacré à la culture Sao.

La petite Ecole François Villon de Moundou compte une vingtaine d’élèves (sections maternelle et primaire) et elle bénéficie du soutien résolu de l’ambassade de France et du lycée Montaigne../.. JMR

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